Comment Instagram a failli me rendre dingue

person Posté par: Rachel list Dans: Et si on goûtait ? Le:

Comment Instagram peut nous rendre accro, et peut nous devaloriser dans notre quotidien d'entrepreneur. Je partage avec vous mes pensées et reflexion, sans langue de bois. 

Parfois, je me sens en dehors de la course. En dehors de la course effrénée que tout le monde, ou presque, semble mener. Les réseaux sociaux me semblent prendre une place démesurée dans nos vies professionnelles, et …personnelles. 

C’est un sujet qui revient quasiment toutes les semaines dans des conversations que j’ai avec des entrepreneurs, des marques, des clients…Instagram semble monopoliser toute l’attention, c’est la nouvelle jauge pour mesurer sa réussite, son bonheur, son salaire, mais plus important aussi, une certaine légitimité. J’écoutais des pod-cast cette semaine (j’en écoute une dizaine de différents, sur des sujets très variés) et j’ai été frappé de voir que quasiment dans tous, à un moment donné, le compte Instagram de l’invité est cité, son nombre d’abonnés, et plus subtil, c’est le ton et la façon de présenter le nombre d’abonné qui m'a interpellé : « 60 000 abonnées sur Instagram, quand même ». Instagram et la réussite sur les réseaux sociaux semble exercer une fascination sans fin. 

Est ce que l’on est moins crédible dans son domaine si l’on ne possède pas de compte Instagram, ou pire, si l’on en possède un qui n’explose pas les compteurs ? Dans une certaine branche de métier et de milieu, il semblerait que posséder un compte Instragram soit un essentiel pour montrer que l’on est en activité. Je me souviens très bien que j’ai été un peu déroutée, quand je suis allé remettre mon trophée au nouveau gagnant de cette saison du Meilleur Pâtissier, du nombre de personnes qui m’ont demandé d’un air mi-inquiet mi-curieux « Mais qu’est ce que tu deviens, on ne te vois plus sur les réseaux sociaux ? »

En effet, après la finale du Meilleur Pâtissier, je me suis retrouvée avec un compte Instagram avec quelques 10 000 abonnés. J’en étais très flattée, c’était très agréable de me dire que toutes ces personnes me soutenaient, avaient envie de me suivre pour la suite de l’aventure. Dans la réalité, le mois de janvier à marqué le début d’une course incroyable au travail de plusieurs mois: monter le studio, faire les travaux, lancer le crowfounding, finir les travaux, tourner les premières vidéos pour mes clients, enchainer les séances de dédicaces, enchainer les démonstrations sur les salons, assurer les ateliers à La Boutique à Pâtisser…Concrètement, ma vie allait à 100 à l’heure, j’avais envie de vivre ces moments là à fond, et je n’avais absolument pas le temps de me poser pour faire des stories, ou de belles photos pour alimenter ce compte Instagram, et montrer combien ma vie était palpitante. Car alimenter un compte Instagram prends un temps de dingue, surtout quand on recherche un sens esthétique, que l’on veut créer une unité graphique, qu’il se dégage un univers bien construit. J’ai donc, après le Meilleur Pâtissier, saboté moi-même ma réussite Instagramesque, en ne publiant aucune photo ou presque, en boudant les stories, et en faisant quasi de même sur Facebook. Instagram est une mayonnaise; quand on sent qu’elle commence à prendre, il ne faudrait pas cesser de fouetter. Bien au contraire, il faut fouetter plus fort, et ajouter de plus en plus d’ingrédients. Pour ceux qui n’auront pas compris la métaphore, je suis en train de vous dire qu’Instagram est un monstre très gourmand, et pour qu’un compte grossisse bien, il faut publier beaucoup, souvent (et surtout de qualité !), et plus embêtant, se montrer soi-même (ou mieux, son enfant ! L'enfant, le bébé, son couple, les trucs les plus bankables du net !). Il y a des personnes pour qui tout cela semble naturel, mais quand j’ai moi-même essayé de faire des stories pour montrer mon quotidien professionnel, je me suis heurté à cette question « Est-ce-que ce moment est suffisamment intéressant, riche de contenu pour mériter que je le partage ? ». Pourquoi j’aurai tant besoin de montrer à toutes ces personnes que je suis en train de faire ?". La plus part du temps, la réponse venait d’elle même. Pas assez intéressant, je zappe l’idée de faire une stories, et je profite de vivre le moment présent. 

S'il y a bien une chose que j'ai appris cette année, c'est qu'Instagram, c'est un superbe outil de communication, une super vitrine pour montrer ce que l'on est capable de faire, mais en aucun cas cela ne traduit votre niveau de bonheur, le niveau de votre salaire, ni votre réseau professionnel. Naïvement, en débutant sur Instagram, je pensais que plus on avait d'abonné, plus on allait bien gagner sa vie, et plus les marques seraient prêtes à investir sur votre profil. Non. En fait, cela n'a quasiment aucune corrélation. La seule qui existe, c'est qu'Instagram peut vous ramener des clients, parce que ces personnes se rendent compte que vous faites un travail de qualité. Des vrais clients. Qui vous payent. Ce qui est déjà incroyable ! Instagram est donc une carte de visite en plus dans mon porte-feuille. Vous serez étonné de savoir le nombre de personnes qui sont étonnés d'apprendre que je gagne ma vie...Sans Instagram. Enfin, que ce n'est pas Instagram qui me fait vivre. 

POURQUOI JE REGARDE INSTAGRAM DE LOIN

Au début, quand je publiais sur Instagram, je me suis fait avoir comme tout le monde. Je voulais toujours plus de likes, toujours plus d'abonnés. Je me disais que si mon travail était bon, cela devrait aller en augmentant. On publie une photo, et on passe l'heure qui suit à checker le nombre de likes, les commentaires, comme on prendrait un shoot de drogue (je ne me suis jamais drogué, mais c'est vraiment l'impression que j'ai eu !). Pire, on va voir les comptes des copines, on regarde leur scores. On se sent nulle, avec notre pauvre petit compte qui reste figé à ses 13 000 abonnés. Et puis un matin, j'ai décidé, stop, c'est fini. Je vais regarder ce manège dans l'autre sens. Parce que cette course à toujours plus n'a pas de fin, et elle est épuisante. Et surtout, elle n'a que peu de sens. J'ai l'énorme chance d'être majoritairement entouré de personnes qui n'ont pas Instagram, qui s'en fiche totalement, et donc cela me conforte à ne pas changer de mode de vie, et à ne pas laisser Instagram rentrer dans ma vie personnelle. Je refuse aussi de me laisser trop appâter par ce système qui se sert de notre soif quasi infinie de reconnaissance, ce système qui vient titiller notre égo, car tout le monde (ou presque !) aurait du mal à refuser à cet appel à devenir connue et célèbre ! Mais avec le recul, que mon amoureux, ou une amie, ou une personne qui me suit sur les réseaux me dise que ma recette est belle et bonne, et prenne le temps de me l'écrire, ça, ça vaut tout les likes du monde.

Comment se détacher de ce cercle infernal ?

Au lieu de me dire "seulement 400 personnes aiment ma photo ? », je me dis "Imagine, 400 personnes dans le bureau qui te disent ; trop cool ton dernier article de blog !".  Là, tout de suite, cela prend une autre dimension, et une autre valeur.

Deuxième constat, arrêter de considérer Instagram comme la jauge de notre valeur personnelle. Entre les algorithmes qui font que tous les abonnés ne voient pas nos publications, le fait que tout le monde soit inondé d'images, il faut absolument arrêter de se dire que si on a peu de likes, c'est que l'on est mauvais. J'en reviens à ce que je disais plus haut, il faut prendre Instagram comme une vitrine, pas comme le dieu tout puissant qui vous dicte votre taux de réussite et votre valeur. 

Les partenariats, et les invitations à des évènements de la part des marques.

Alors, ça, c'est le LE sujet délicat. Mais allons y franchement. Commençons par les partenariats, ou envois de produits. Quand on commence à avoir un compte Instagram assez conséquent, les marques sont très intéressés de vous envoyer des produits, pour que vous en parliez à votre communauté. Nous, pauvres de nous, très flattés que notre talent, notre univers si exceptionnel soit remarqué d’une marque, au début on dit « oui, ho oui, ho oui, génial ! ». Laissez moi vous expliquer pourquoi je refuse 99% des propositions que l’on me fait. Prenons une marque, qui envoie une plaquette de chocolat à des instagrameurs. Ces derniers, flattés d’avoir reçu un cadeau, et sans doute aussi dans l’espoir qu’un jour la marque les contacte pour un contrat rémunéré, s’empresse de faire une jolie photo, de la retoucher un peu, et de la publier. Tout cela, sans toucher un centime. Et la marque, qu’est ce qu’elle y gagne ? Une campagne de publicité gigantesque. En ayant simplement déboursé le prix de l’envoi et du produit. Une goutte d’eau dans son budget de communication. Et nous, petit instagrameur, ça nous aura pris au minimum deux-trois heures de travail. Non rémunéré. Car, je le rappelle, se faire payer en boite de thé, plaquette de chocolat, ou autre, n’est pas une rémunération. Et qu’on se le dise, plus ce système est adopté par les personnes qui débutent (ou pas ) sur Instagram, en quête de reconnaissance (c’est tellement cool et valorisant de montrer à sa communauté qu’une marque vous a fait des cadeaux !), moins les marques vont prendre l’habitude de consacrer des budgets à ce type de campagne. Et ça, ça m’insupporte. 

En fait, j’ai l’impression que ce problème est exactement le même que quand j’étais graphiste avec des gros groupes qui lançaient des appels à projets, des concours, pour faire faire des affiches à des illustrateurs. L’argument principal étant la « visibilité » et la belle ligne sur le CV. Alors que la réalité, c’est que ces marques se font faire une affiche GRATOS. Évidement, les premiers candidats sont souvent les étudiants et les débutants. 

Quand on est indépendant, on se fait avoir une ou deux fois. Mais pas plus, quand on commence à se rendre compte du temps que ça nous prends et que le retour financier est de zéro. Car je le rappelle, quand on a une entreprise, le but, c’est de dégager du bénéfice.

Et puis, il y a aussi ce point tellement important: je veux garder mon indépendance, ma liberté, et si je suis honnête, j’ai la sensation  que dès que l’on reçoit un cadeau d’une marque, tout est un peu biaisé. La marque ne nous demande rien, mais implicitement, elle attends qu’on partage son produit sur les réseaux. Si l’on est un peu influençable, on s’empresse de partager cela, de peur que la marque n’ai plus envie de nous envoyer des cadeaux. C’est un ordre, une commande, demandé sous le manteau. Et moi, j’ai pas envie de me sentir forcée de faire cela.

Vivre le moment présent.

Les évents. Alors, là, c’est le pompom. Voici comment ça se passe: une marque organique tout un évènement autour d’un lancement de produit, ou juste pour valoriser son image. On vous invite gratuitement, et là, c’est toujours pareil, flattée, vous y allez en vous sentant très privilégié, avec la sensation de faire partie de la strate si recherchée des influenceurs. Je suis allé une fois à un évènement de marque, pendant mon congé maternité, parce que je n’avais que ça à faire, et par curiosité. Autant les autres filles que j’ai rencontré à cet évènement m’ont parue très chouettes, autant l’état d’esprit, le déroulement de l’évènement m’ont fait l’effet de perdre mon temps, de remplir et pire, de créer du vide. Bien placardé au mur, les # à utiliser lors de l’évènement, là aussi, une invitation implicite à partager cela sur les réseaux. Quand au contenu de l’évènement, ce n’est pas compliqué; tout le monde est greffé à son téléphone pour filmer, prendre des photos, et partager cela en live. J’ai senti que l’on était pas là pour apprendre (c’était un atelier de pâtisserie avec Nutella), ni pour échanger en profondeur avec la marque (j’ai plus échangé avec les nenettes très chouettes, ouf, un point positif), ni avec le chef qui donnait l’atelier. Durant cet évènement, j’ai joué le jeu, comme on joue un rôle qu’on a rêvé d’avoir, mais qui en fait est creux à mourir. Pour en avoir parlé avec d’autres copines qui sont aussi allé a des évents, c’est toujours un peu le même cirque. Et ce tour de piste, franchement, je n’ai pas envie de le faire. Ha, et en plus, bien sûr, vous ça vous prend une après-midi, et vous n’êtes pas rémunéré pour aller faire de la pub à cette marque. Well, well, well…

Alors quel partenariats j’ai accepté, suite à ces constats? Comment faire le tri ? Quel sont mes critères ?

La première chose importante pour moi, quand j’accepte un partenariat, c’est d'avoir une relation particulière avec la marque. Car j’accepte parfois des partenariats non rémunérés, oui, oui ! Le dernier en date, c’est avec Nos Jours Heureux. C’est une boutique de bons produits à Lille, les filles qui ont lancés cette marque m’ont envoyé un mail très sympa. Bref, le courant est passé. Comme je ne pense pas qu’à l’argent, ça ne me dérange pas de parfois faire profiter de ma minuscule notoriété à d’autres personnes. En fait, j’accepte quand j’ai la sensation d’un partenariat avec des personnes plutôt qu’avec une marque. 

Ou par exemple, assez récent aussi, lors de Chefs en Gare, j’ai rencontré Cécile de l’agencePain/Vin Compagny, avec qui j’ai discuté, et sympathisé. Elle m’a proposé de m’envoyer un colis des produits (une gamme de chocolat pour les pros), pour que je puisse les tester. J’ai accepté, je les ai d’ailleurs utilisé (ils sont tops !), j’ai regardé le catalogue pro, et sans doute que je passerai une commande à mon retour de congé maternité. Ici, on ne peut pas vraiment parler de partenariat, c’est plus une relation professionnelle, puisque je compte devenir cliente de leur gamme pro. Ils m'ont aussi incité à un évènement avec Phillippe Conticini, auquel je serais bien allé, car le contenu me semblait cohérent et de qualité. 

LA COHÉRENCE

J’ai reçu des tas de mail de marques de cosmétiques me proposant de recevoir des crèmes, des gommages, des soins pour les cheveux…Franchement, moi qui montre ma tête sur les réseaux sociaux une fois par mois, vous me voyez vous faire l’article d’une crème de jour ? Ce n’est pas mon métier, et même si j’adore le maquillage, je garde ce genre de discussion pour avec mes copines ou mes frangines.

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